Je m’intéresse aux zones de rencontre et de transaction entre les gens, les mondes et les cultures, à travers des situations extraites de mon environnement proche, en France, ou plus récemment en lien avec des pays plus lointains, en Afrique. Préoccupation qui émergeait dès mes premiers projets.

La série Télescopages observait l’intrusion dans divers intérieurs parisiens d’un ailleurs sous la forme d’un flux télévisuel ininterrompu. Ce travail a été exposé au Mois de la photo à Paris en 1996.

La série Paul et les autres investiguait sur une dizaine de familles de paysans autour de l’improbable usine nucléaire de la Hague, plantée comme une verrue en plein milieu de leurs terres. Ce travail a donné lieu en 2008 à la publication d’un livre aux éditions Isoète, aujourd’hui malheureusement éteintes.

Mes travaux actuels développent cette notion d’interface, liée aux questions de l’autre, de la relation, du regard, sous deux angles complémentaires.

Sous un premier angle, j’observe la rencontre entre des personnes d’horizons différents. Je photographie leurs conversations comme des scènes. Je rapporte par écrit des extraits de leurs dialogues. Cette forme relativement théâtrale, associant le geste et le verbe, fait écho selon moi aux représentations plus ou moins conscientes de soi-même ou de l’autre que chacun peut avoir, souhaiter donner, véhiculer involontairement, dans divers contextes. Le projet Je reviens demain envisage ainsi des personnes âgées déployant avec leurs accompagnantes maintes stratégies face aux aléas du temps, et le projet Il est où ton jardin ? approche des particuliers cherchant avec des écrivains publics réponse à l’administration, mandataire plus ou moins satisfaisante de l'intérêt général, voire de l'intérêt national.

Sous un deuxième angle, je mène un travail introspectif sur la relation qui me lie à l’Afrique où j’ai passé les dix premières années de ma vie, dans une famille de "coopérants", au lendemain des indépendances. Dans cet esprit, le projet La vie caméléon rapporte des souvenirs au regard d’images actuelles sur les lieux de cette enfance, cherchant illusoirement à dénouer l'histoire personnelle du dessein collectif. Qui étions-nous ? Que faisions-nous ? De quoi sommes-nous faits ? De quoi se nourrit notre regard ?